Lundi 27 avril 2009

Frères et soeurs,

Voici que nous recevons à nouveau en ce 3ème dimanche de Pâques ce cadeau de Dieu, un récit de témoins de la vie de résurrection, qui est désormais aussi la nôtre, grâce à Jésus, le Juste, Lui qui nous rejoint aujourd’hui, alors que nous sommes réunis pour raconter "ce qui s’est passé sur la route…".

Aujourd’hui, un accent nouveau nous est proposé, important pour notre foi en la résurrection de Jésus. Car chaque fois, ce sont ces expériences toutes personnelles des premiers témoins de la résurrection qui se profilent derrière chacun de ces récits.

Quand Jésus se tient "là, au milieu d’eux" et qu’il dit aux apôtres et à leurs compagnons rassemblés, "La paix soit avec vous", sa présence est tellement inattendue et surprenante qu’elle a pour effet "la stupeur et la crainte", mais cette manifestation est pour eux, et pour nous, la preuve incontournable que ce Jésus-là est bien le crucifié et celui qui avait été déposé dans le tombeau près du Golgotha, celui aussi qui maintenant communique une joie indicible et débordante.

Ce qui s’est passé pour Thomas et ses compagnons, cela se passe encore aujourd’hui, dirais-je, de façon analogue. A la différence, sans doute, que désormais, nous, qui vivons après l’ascension et la Pentecôte, nous faisons cette expérience spirituelle dans un processus progressif, dans une lente maturation, dans une sorte de "réponse" qui s’intègre peu à peu à toute notre vie personnelle et communautaire, une compréhension et une intelligence progressive de notre vécu, de notre parfois banal, mais aussi parfois surprenant quotidien. Pour nous aussi, la crainte et la joie commencent par Ítre mÍlées, pour nous aussi, la foi et le doute sont ensemble présents, pour nous aussi, il y a ce que nous savons d’expérience et ce que nous ne savons pas encore, l’inconnu…

Nous pouvons nous demander, cependant, comment une véritable réponse de foi, de confiance, peut se faire jour en nous, cette confiance inspirante qui transfigure notre réponse effectivement et qui change et renouvelle radicalement notre vie et notre expérience… Saint Ignace, quand il nous partage l’expérience des Exercices spirituels, nous propose de prendre le temps de faire passer notre vécu – illuminé par tous ces récits évangéliques - de le faire passer par l’activation de toute notre sensibilité: il faut apprendre à voir de nos yeux, à entendre de nos oreilles, à sentir avec nos mains et notre cœur ce Jésus qui nous le demande. "Touchez-moi, regardez, constatez…" C’est comme cela seulement, dirait-il, que la réalité, ce qui compte réellement, entrera dans votre expérience, c’est ainsi que vous saurez "que c’est bien moi".

Il y a donc, certes, dans notre foi en la résurrection du Seigneur, cette dimension fondamentale de l’expérience personnelle et immédiate, qui fait que toute notre sensibilité est touchée… il y a aussi nos expériences de la souffrance, de la douleur et de la mort de celles et ceux que nous aimons, et, comme le dit si simplement la prière de la messe des enfants "de ceux que nous n’aimons pas assez".

L’évangile d’aujourd’hui nous invite donc, de plus, comme les disciples, à nous référer à ce que nous avons déjà entendu, à ce dont on ne cesse pas de parler dans la communauté chrétienne, à ce qui est dans les Ecritures : cela va contribuer particulièrement à ouvrir notre regard intérieur et à nous faire comprendre de quoi il retourne dans notre expérience immédiate, dans tous ces mouvements d’enthousiasme et de découragement, de lumière et de ténèbres, d’engagement et d’indifférence, de fermeture et d’ouverture à autrui… La rencontre avec Jésus est, somme toute, un passionnant processus d’apprentissage : un cheminement avec ses expériences propres, uniques, toutes personnelles, et avec son ouverture en dialogue avec les Ecritures… "Rappelez-vous, ne cesse de dire Jésus, il fallait que s’accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes". Nous non plus, ne pouvons en faire l’économie !

Frères et sœur, laissons vraiment cet évangile d’aujourd’hui résonner dans toute notre journée et dans les jours qui viennent.

Puissions-nous accueillir la gr‚ce de recevoir un regard de résurrection : des yeux transfigurés par l’amour, un visage qui rayonne, de plus en plus capable de ne pas se détourner de la mort, mais, en osant y voir la vie promise, en étant touché par la faute déjà pardonnée, en supportant la déchirure toujours en voie de communion, en touchant les blessures toujours en voie de guérison, en rejoignant tout homme jusqu’à Dieu, en rejoignant Dieu jusqu’au Fils de l’homme en chaque frère humain, en répondant enfin comme Thomas : "Mon Seigneur et mon Dieu" quand le Christ partage avec nous le pain de l’Eucharistie et qu’Il veut nous laver les pieds. Amen.

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